LA SÉRIE – CINQ RECUEILS
On se r’parle
Des chroniques sur les Îles-de-la-Madeleine, la mémoire, le monde d’avant pis celui d’à c’t’heure. Ça fait rire, la plupart du temps. Des fois ça serre la gorge.
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Recueil no 1 – le premier
La maison, les souvenirs, le monde d’avant. C’est là que tout part — et c’est par là qu’on commence quand on ne me connaît pas encore.

OÙ J’ÉCRIS
Le Radar, hebdomadaire des Îles de la Madeleine
Acadie Nouvelle, quotidien du Nouveau-Brunswick
ON EN A PARLÉ
Radio-Canada, Bon pied, bonne heure
Acadie Nouvelle, portrait par Martin Roy (4 décembre 2024)
« J’ai les 5 et du premier au dernier je me retrouve dans le monde d’Hugo Bourque , je voyage dans le temps je souris, je ris fort et parfois une petite larme se pointe … que du bonheur. »
Mme Déraspe, sur Amazon
LA SUITE
Quatre autres batchs d’histoires
UN EXTRAIT
Pour goûter
Le texte qui suit est tiré de « On se r’parle », no 4.
Il y en a une quarantaine d’autres comme ça dedans.
Si vous vous rendez au bout sans sourire une seule fois, on n’est probablement pas faits pour s’entendre 😉
Les gens de par chez nous
Les gens de par chez nous sont riches de leur originalité. Ils sont les témoins vivants de notre façon d’être. Ils sont le gars à machine, la fille à chose. La p’tite pirate, le gros bedou, la djypentwice pis le grand fanal.
Y a ceux qui font des palabres et ceux qui en font partie. Y a celles qui les font voyager au BINGO autour du « N » free. Ceux qui les radotent au bureau de poste en passant pis ceux qui les boivent autour d’un café réconfortant. Ceux qui les inventent sans trop y croire et ceux qui les arrêtent en grand désespoir. Y a ceux que ça dérange et ceux que ça arrange. Ceux qui les regardent passer en se disant : « ben, il avait yèque à pas faire ça ! » Y a ceux qui savent tout, mais ne disent rien. Ceux qui disent tout, mais ne savent rien. Ceux qui savent tout, mais ne gardent rien. Pis y a ceux qui r’gardent tout, mais ne voient rien.
Y a ceux qui font leur p’tite drive sur l’quai, les dimanches après-midi en écoutant du countré. Au cas que tcheuqu’un saurait d’quoi qu’eux ne connaîtraient pas. Y a ceux qui l’ont déjà fait, une p’tite frette entre les cuisses, sans jamais se faire poigner par une police. Y a aussi ceux qui font du parking sur le quai de Cap-aux-Meules, après s’être arrêté à la crème molle. Eux autres, y comptent les Winnebagos qui sortent du bateau. Y tchèquent dans chaque char, voir qui c’qu’était à bord. Généralement, ces gens-là attendent sweet nobody, mais accueillent tout le monde comme de vrais amis. C’est aussi ça les gens de par chez nous.
Y a ceux qui passent leur après-midi dans l’salon à zieuter à travers le châssis. Au moindre pet, ils commentent, ils s’inquiètent. Si une sirène se fait entendre, ils se lèvent, vite, et cherchent à comprendre. Ils suivent l’ambulance, du salon jusqu’à la dépense, pour essayer de voir les flashs rouges le plus loin possible, aussi longtemps que ça bouge. Y a ceux qui vont même jusqu’à appeler partout sur l’archipel pour savoir si quelqu’un manquerait pas à l’appel. « L’ambulance vient d’passer par ici pour aller par chez vous. Ça s’rait pas pour le gars à machine ? La fille à chose ? La p’tite pirate, le gros bedou, la djypentwice ou bien le grand fanal ? » Et y a même l’extrémiste, celui qui prend son char pis qui part, qui piste. Il veut être le premier à être informé. Voir de ses yeux vus qui c’qui a eu besoin d’être secouru.
Y a ceux qui traînent sur la Grave tout l’été pis qu’on ne voit jamais nulle part le restant d’l’année. Y a ceux qui ne se rendent jamais à Grande-Entrée comme s’ils avaient peur qu’le rond-point finisse par les aspirer. Ceux qui regardent souvent vers L’Île-d’Entrée en rêvant d’y aller, mais n’y mettront pourtant jamais les pieds. Y a ceux pour qui le Cap-aux-Meules c’est la grande ville, pis ceux qui ont besoin de Moncton pour respirer tranquille. C’est aussi ça les gens de par chez nous.
Y a ceux qui vous connaissent, ceux qui pensent vous connaître parce qu’ils connaissent votre grand-père pis ceux qui aimeraient donc ça vous connaître. C’est ce qui fait que cinq minutes à la COOP pour toutes sortes de bebelles peuvent facilement devenir quarante-cinq minutes à la COOP pour toutes sortes de nouvelles… à propos du gars à machine ou de la fille à chose. De la p’tite pirate, du gros bedou, de la djypentwice ou du grand fanal.
Y a les constructeurs de châteaux, les bizouneurs de p’tits bateaux. Y a les violoneux, les steppeux. Y a les buveux de bagosse qui sont tout l’temps un peu sur la brosse. Y a les joueurs de cartes et de OKO qui espèrent souvent d’la neige de Miss météo. Y a celles qui full leur congélateur de tartes, de pâtés à la viande pis de pot en pot au cas où d’la visite débarquerait sans même taper à la porte. Le plat de mix est prêt, on sait jamais. C’est aussi ça les gens de par chez nous.
Les gens de par chez nous sont riches de leur originalité. Ils sont les témoins vivants de notre façon d’être. Ils sont le gars à machine, la fille à chose. La p’tite pirate, le gros bedou, la djypentwice pis le grand fanal. Tous ces gens-là, je les aime d’amour. Parce que sans eux, les Îles n’auraient pas la même couleur, la même odeur, la même grandeur.
On se r’parle !

L’AUTEUR
Hugo Bourque
Madelinot. J’habite aujourd’hui proche du fleuve — assez loin de la mer pour que les souvenirs se mettent à parler fort.
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