On n’est pus jeune, jeune : souvenirs d’enfance aux Îles-de-la-Madeleine

Épuisé après avoir ratissé son tout petit terrain, l’auteur se rend compte qu’il vieillit. Il replonge avec humour dans les Îles-de-la-Madeleine de son enfance : la plage du pédalo, le Mercredi des cassés, les sept municipalités et l’éolienne de la Cormorandière.

Cap rouge, à la Dune du Sud, aux Îles de la Madeleine

En fin de semaine, j’ai raclé mon terrain. Un terrain grand comme ma main. Quand j’ai eu fini, j’étais raqué comme si j’avais couru le marathon… avec un éléphant sur le dos. On n’est plus jeune, jeune. Ça commence à paraître. Comme on dit : « le meilleur est derrière ».

Mais ça, plus on avance dans le temps, plus il y en a des signes qu’on est vieux. Dans mon cas, l’âge que j’ai me fait réaliser que j’ai vu et vécu des choses que les plus jeunes d’aujourd’hui ne connaîtront jamais. Les Îles ont beaucoup changé en quarante ans…

Par exemple, moi, quand j’étais petit, la plage la plus populaire aux Îles c’était celle du pédalo. Chaque fois qu’on voulait traverser du côté du Havre-aux-Maisons par une belle journée chaude d’été, il fallait s’y prendre d’avance parce que descendre la butte du pédalo pouvait prendre une godam de traille. Pourtant, on s’entend que ce n’était pas la plus belle plage. Mais tout le monde stallait là pareil.

Moi, quand j’étais petit, à La Côte de L’Étang-du-Nord, il y avait la COOP La Sociale. Tellement « sociale », qu’elle a fini par fermer par manque de clientèle. Et en face de la COOP aussi, on pouvait se procurer de la poudre, mais celle-là ne servait pas à faire des gâteaux… si vous voyez ce que je veux dire.

Cela m’amène à me souvenir que moi, quand j’étais petit, on avait le Mercredi des cassés, au Bar des Îles. L’art de se mettre chaud pour couple de piastres. D’ailleurs, une chance que ça ne coûtait pas grand-chose pour boire ; ça te permettait d’oublier rapidement que tu étais vraiment sorti de chez vous un mercredi soir pour vivre ça.

Moi, quand j’étais petit, il y avait sept municipalités aux Îles de la Madeleine. Sept ! Ce qui veut dire qu’il y avait sept carnavals, sept festivals, sept bingos… Oui, ça devait coûter très cher, mais il se passait toujours quelque chose par chez nous. On fêtait le vent, les pêcheurs, le homard, le Cap-aux-Meules, les trésors, la Mi-Carême, la coupe Desjardins… en fait, les seuls jours où on ne sortait pas vraiment de chez nous, c’était les jours d’élections municipales.

Moi, quand j’étais petit, un attrait touristique majeur chez nous, c’était l’éolienne de la Cormorandière. Pas une éolienne avec des palettes comme un ventilateur, mais bien une en forme d’as de pique. Eh bien, les dimanches après-midi, on mettait la radio avec Jean-Louis à Ned dans le tapis, et on se rendait virer par la Pointe-aux-Loups pour voir si le vent réussissait à faire tourner la grosse crotte de poule en métal… Des heures de plaisir.

Aujourd’hui, on se pète les bretelles avec un aréna à deux glaces, chez nous. Moi, quand j’étais petit, on avait trois glaces : une au Havre-aux-Maisons, une à Fatima et une à Cap-aux-Meules. On l’oublie, mais à côté de la salle des Pas perdus, y avait un aréna. Il faisait -1000 degrés à l’intérieur de ça, et pas de siège pour s’asseoir, mais ce n’était pas un congélateur, c’était un aréna.

Butte du Cap-aux-Meules, aux Îles de la Madeleine

Moi, quand j’étais petit, les Îles avaient des idées de grandeur. On se souviendra que la municipalité de Fatima a déjà eu un projet de Centre antistress… La thérapie consistait à se laisser souffler dans la face par le vent pour se calmer les nerfs. Je remercie le ciel qu’à l’époque, tout ne se réalisait pas nécessairement.

Moi, quand j’étais petit, il y avait aussi un bar de danseuses aux Îles. La Griffe, que ça s’appelait. Là où il y a maintenant la Crèmerie du port. Je n’avais évidemment pas l’âge d’y entrer. Entre nous, je n’ai jamais vraiment su qui dansait là, mais une chose est sûre, c’est qu’aller aux fesses dans une petite place comme les Îles, ça reste risqué. On ne sait jamais sur quelle craque on va tomber. Il y a bien des chances que tu connaisses la fille… sa mère, sa sœur et tout le reste de sa parenté. Ça fait pas mal de monde que tu ne seras plus jamais capable de regarder dans le blanc des yeux après.

Moi, quand j’étais petit, je pouvais aller m’asseoir sur le bord d’un cap pour regarder la mer en toute tranquillité, sans avoir peur de tomber dans le vide. L’érosion n’avait pas encore été inventée, dans ce temps-là. Quand j’étais petit, le Musée de la mer ressemblait à deux gros rouleaux de papier toilette laissés sur le faît d’une butte. Quand j’étais petit, il n’y avait même pas d’asphalte sur L’Île-d’Entrée… OK, mauvais exemple.

Moi, quand j’étais petit, je pouvais manger des petites fraises dans n’importe quel terrain aux Îles. Sans aucun risque de se faire sortir de là à la carabine à plombs. À l’époque, les mots « terrain privé » n’existaient pas. Les clôtures ne servaient qu’en décoration ou pour empêcher les vaches de se rendre trop proche des maisons.

Moi, quand j’étais petit, il y avait aussi le bar le tournant. Un bar pour les jeunes, donc sans alcool. Sans alcool, donc sans jeune. Le bar a fini par fermer.

Moi, quand j’étais petit, la butte du Cap-aux-Meules n’avait pas de marche en bois traité pour se rendre au top. Il fallait forcer de la cuisse et du mollet pour la grimper à travers le gazon. Et quand on était rendu tout en haut, la vue qu’on avait… c’était essentiellement deux grosses tanks à fuel Irving blanches rouillées. Bucolique à souhait !

Aujourd’hui, je suis peut-être raqué à rien, mais des souvenirs, j’en ai. Peu importe l’âge que nous avons, le passé fera toujours partie de notre présent et nous aidera toujours à enligner notre futur. C’est juste que dépendamment du nombre d’années que nous avons derrière, certains d’entre nous ont le futur plus enligné que d’autres…

On se r’parle !

LEXIQUE MADELINOT

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Je lis tout.

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